La direction des établissements d’ingénierie de Renault
planche sur plusieurs projets destinés à juguler la hausse du stress et à
accompagner les salariés en situation de souffrance.
Alors que les préconisations du rapport d’expertise du cabinet
Technologia ont été présentées le 14 avril dernier à l’ensemble des élus des
CHSCT du Technocentre Renault de Guyancourt (78), la direction des
établissements d’ingénierie du constructeur travaille sur plusieurs scénarios
destinés à endiguer la progression du stress. Des mesures qui interviendraient
en parallèle du plan de soutien aux équipes, lancé en mars 2007 à la suite de la
série de suicides de salariés.
Méthode Karasek
Selon nos informations, les directions opérationnelles des sites d’ingénierie
(Guyancourt, Rueil-Malmaison, Aubevoye, Lardy) se verraient, ainsi, attribuer
des objectifs liés à la diminution du niveau de stress de leurs collaborateurs,
calculé selon la méthode Karasek. Toutefois, l’atteinte de ces objectifs
n’alimenterait pas les critères traditionnels d’évaluation de la performance des
top managers.
La DRH est, par ailleurs, en train de réfléchir à l’intégration
des éléments du rapport Technologia dans le plan d’action qui découlera de
l’analyse – actuellement en cours – des résultats de l’enquête “Engagement” de
décembre 2007. Cette étude annuelle, inaugurée à l’occasion du lancement du
“Contrat 2009” de Carlos Ghosn, a pour objectif de mesurer le niveau
d’implication des collaborateurs et l’efficacité managériale. « L’idée serait de
croiser les sources entre cette étude très orientée management et le rapport du
cabinet d’expertise », confirme Pierre Nicolas, délégué syndical central CGT du
Technocentre.
Détection et accompagnement
Autre chantier : le déploiement, probablement courant juin, d’une méthode
destinée à
« l’accompagnement et à la détection des personnes en difficulté
». Cette démarche devrait être prochainement présentée en CHSCT pour une annonce
officielle prévue fin mai. Là encore, le projet devrait puiser son inspiration
dans les recommandations de Technologia, en particulier celle préconisant une
implication forte des acteurs de régulation sociale (RRH de proximité, médecins
du travail, assistantes sociales…).
Plus généralement, « les éléments du
rapport Technologia font l’objet de discussions entre partenaires sociaux au
sein de la commission paritaire ad hoc », indique la direction de Renault. Le 9
avril dernier, cette instance s’est réunie à Rueil-Malmaison pour écouter le
psychiatre Patrick Légeron, patron du cabinet Stimulus et auteur, avec Philippe
Nasse, du rapport sur les risques psychosociaux remis à Xavier Bertrand le 12
mars.
« Patrick Légeron convient qu’il faut agir sur l’organisation du
travail, mais aussi sur les phénomènes de culpabilisation, via, notamment, les
mécanismes de reconnaissance professionnelle. Les salariés qui se sont donné la
mort subissaient une totale perte d’estime de soi », souligne Pierre Nicolas.
La prochaine réunion de la commission paritaire, le 19 mai, planchera sur la
mise en place de nouveaux indicateurs de mesure du stress.
J.-F. R.