La négociation sur la
pénibilité au travail a
échoué
Les syndicats ont
refusé de discuter du texte patronal qui supprime la
cessation anticipée d’activité pour les
salariés ayant exercé des métiers
pénibles. La balle est désormais dans le camp du
gouvernement.
Au terme
d’une rencontre qui a duré près de deux
heures, organisations syndicales et patronales ont annoncé,
le 16 juillet, l’échec de la
négociation sur la pénibilité au
travail. En effet, les syndicats ayant refusé de discuter du
nouveau texte patronal qui supprime la possibilité
d’accéder à une cessation
anticipée d’activité pour les
salariés ayant exercé des métiers
pénibles (v. Bref social n° 15160 du 17 juillet
2008), le patronat a déclaré la fin de la
négociation. Aucun relevé de conclusions, listant
les points d’accord et de désaccord n’a
été rédigé à
l’issue de cette dix-huitième réunion.
Les partenaires sociaux n’ayant pas abouti sur cette
négociation prévue par la loi Fillon portant
réforme des retraites du 21 août 2003 et
lancée en février 2005, le gouvernement doit
reprendre la main.
Réactions
du patronat
François-Xavier Clédat, PDG de Spie Batignolles
et chef de file de la délégation patronale, a
affirmé prendre « acte des propos des
organisations syndicales qui conduisent à la fin de cette
négociation ». « Un accord nous semblait
possible sur le volet prévention, mais aucun compromis
n’est apparu sur la réparation ».
« Nous sommes prêts à mettre en
œuvre le dispositif d’allégement de la
charge de travail que nous avons proposé, dont pourraient
bénéficier plusieurs dizaines de milliers de
salariés, mais les syndicats l’ont
refusé », a-t-il déclaré,
ces derniers sollicitant la mise en place d’une cessation
anticipée d’activité. Or,
François-Xavier Clédat a affirmé ne
pas pouvoir « accepter de nouveaux régimes
spéciaux ». En outre, selon lui, les organisations
syndicales « souhaitent un accès automatique au
dispositif de prise en compte de la pénibilité,
elles rejettent les critères collectifs et individuels que
nous leur proposons et demandent un financement plus
élevé des entreprises, ce qui nous
apparaît notoirement impossible ». Il a
déploré que les « syndicats
n’[aient] jamais bougé sur leurs positions
», « ils n’ont fait aucune
avancée, aucune proposition dans le sens de ce que nous
proposions ».
François-Xavier
Clédat s’est, en revanche,
félicité que le récent rapport de la
mission parlementaire sur la pénibilité au
travail, présidée par
Jean-Frédéric Poisson,
député UMP (Bref social n° 15127 du 28
mai 2008), arrive à « des conclusions
très proches de celles du patronat ».
Indignation
et désillusion chez les syndicats
Les syndicats sont tous profondément
déçus.
• Selon Jean-Christophe Le Duigou (CGT), « le Medef
n’était pas venu à cette
réunion avec une vraie volonté de
négocier ». Pour lui, le dernier texte patronal
est « en recul par rapport à tout ce que nous
avions obtenu », « principalement sur le dispositif
de cessation anticipée d’activité et le
nombre de bénéficiaires potentiels ».
« Nous sommes passés de 6 % d’une
tranche d’âge concernée, soit 42 000
personnes, à 8 000 bénéficiaires
potentiels ». Pour Jean-Christophe Le Duigou, « si
le gouvernement reprend le dossier sur les mêmes bases que la
patronat ou le rapport Poisson, nous allons buter sur les
mêmes difficultés ».
• Jean-Louis Malys (CFDT), qui a regretté avec la
CFE-CGC qu’aucun relevé de conclusions
n’ait été rédigé,
a considéré que les quatre points de blocage de
la négociation concernaient le dispositif de prise en compte
de la pénibilité : ses conditions
d’accès, sa nature, son financement et le volume
de salariés concernés. En revanche, pour lui, le
titre I du texte patronal sur la prévention comportait des
points positifs.
• Pour
Michelle Biaggi (FO) qui s’est déclarée
« pas seulement déçue, mais
scandalisée », a déploré
« trois ans et demi de gestation pour une fausse couche
». Elle a qualifié d’«
irresponsable » le patronat. FO compte demander au
gouvernement la création d’une nouvelle cotisation
patronale sur la pénibilité.
• Selon Joseph Thouvenel (CFTC), en refusant un
mécanisme permettant aux salariés ayant
exercé des travaux pénibles de partir plus
tôt à la retraite, la Medef a fait preuve
d’« immaturité », et se
« déshumanise ». « Nous allons
maintenant nous battre auprès du gouvernement et des
parlementaires pour les salariés victimes de la
pénibilité ».
• De son côté, Danièle
Karniewicz (CFE-CGC) avait « depuis longtemps le sentiment
d’un échec » sur cette
négociation et relevé de vrais blocages au niveau
patronal. « Faire semblant de négocier quand on
n’a pas la volonté d’aboutir porte
préjudice aux partenaires sociaux ». Elle a
interprété la suppression dans le dernier texte
patronal du mécanisme de cessation anticipée
d’activité comme « la
préparation d’un texte au plus près des
demandes du Medef, qui servira de base de discussion pour les pouvoirs
publics ». Elle a aussi évoqué la
responsabilité des syndicats d’avoir
accepté cette négociation fleuve. «
Tout le monde a tenu pour ne pas être responsable de la
rupture ». « On peut maintenant espérer
traiter le dossier avec d’autres acteurs. Il faut de vraies
solutions pour les salariés concernés par la
pénibilité du travail ».