Premières orientations avant la négociation
Lors d’une
réunion tripartite préparatoire à la
négociation sur l’assurance-chômage, le 6 mai, la
CFDT a affirmé son opposition aux critères d’offre
raisonnable d’emploi présentés par le gouvernement.
Les partenaires sociaux
étaient invités, le 6 mai, par la ministre de
l’Économie, Christine Lagarde, et le secrétaire
d’État à l’Emploi, Laurent Wauquiez, à
une réunion de travail en amont du démarrage de la
négociation à venir sur l’assurance-chômage.
Cette réunion revêtait une importance particulière,
quatre mois après la conclusion de l’accord sur la
modernisation du marché du travail et en pleine organisation du
futur opérateur qui fusionne l’ANPE et les Assédic.
« La négociation sur l’assurance-chômage est
l’un des éléments du grand chantier de la
sécurisation des parcours professionnels, avec la gestion
prévisionnelle des emplois et des compétences, la
négociation sur le bilan d’étape professionnel et
celle sur la formation professionnelle », affirme Séverin
Prené, secrétaire confédéral.
Pour le gouvernement, il
s’agissait de faire la part entre ce qui relève de cette
négociation et ce qui dépend de l’État, de
dégager des orientations pour « un meilleur accompagnement
des demandeurs d’emploi » et de traiter de «
l’offre raisonnable d’emploi » selon la terminologie
de Bercy, qu’un chômeur serait tenu d’accepter.
Une “ offre raisonnable ” très détaillée. Ce
dernier point a focalisé toutes les attentions ces derniers
jours. Le gouvernement a clarifié ses intentions dans ce domaine
le 5 mai, dans une note reprise par la presse. Ainsi, le demandeur
d’emploi élaborerait un « projet professionnel,
actualisé tous les trois mois », projet incluant une zone
géographique définie. Les trois premiers mois, il devrait
s’engager à ne pas refuser plus de deux offres
d’emploi répondant à ce projet et
rémunérées à la hauteur de son dernier
emploi. Au bout de trois mois de recherche, les critères
d’offre “ raisonnable ” changent : elle devra
être compatible avec les qualifications du demandeur
d’emploi (et non plus avec le projet professionnel),
rémunérée à 95 % du salaire
antérieur et toujours située dans la zone
géographique définie. Après six mois de recherche,
une offre raisonnable d’emploi est rémunérée
à 80 % du salaire antérieur, n’est pas
éloignée de plus de 30 kilomètres ou une heure en
transport en commun. Au bout d’un an, le demandeur d’emploi
ne pourra refuser plus de deux offres répondant aux mêmes
critères de qualification et d’éloignement, mais
rémunérées à un salaire supérieur
à l’allocation-chômage. Le refus de deux de ces
offres entraînerait une radiation de deux mois et la suspension
possible des allocations.
Égalité de traitement et critères objectifs.
Dans son argumentaire, le gouvernement met en avant « une logique
d’engagements réciproques du service public de
l’emploi et du demandeur d’emploi », principe que la
CFDT retient également. Mais il y ajoute « une
égalité de traitement grâce à des
critères objectifs », la rémunération, la
qualification et l’éloignement. Or, « on ne peut
définir une offre valable d’emploi de manière
globale, car il n’y a pas
d’homogénéité des demandeurs d’emploi,
souligne Gaby Bonnand, secrétaire national. Ce sont les
personnes les plus éloignées de l’emploi qui
risquent d’avoir le plus de difficultés si un tel
système se met en place. Et ce sont souvent ces personnes qui
bénéficient le moins d’un accompagnement efficace
».
D’où la demande
d’un contrat entre le demandeur d’emploi,
l’accompagnateur référent et le service public de
l’emploi. « L’État se fonde sur le fait que
les autres pays européens ont défini de tels
critères dans leur système
d’assurance-chômage. Il oublie de rappeler que la relation
contractuelle que nous demandons existe aussi dans ces pays »,
relève Séverin Prené.
La nécessité
d’articuler l’assurance-chômage et la
solidarité nationale constituait l’un des points
clés de la rencontre du 6 mai. « La coordination entre les
deux doit permettre de ne pas reléguer les chômeurs les
plus éloignés de l’emploi dans un système
qui renforce encore leur exclusion, explique Séverin
Prené. Il faut éviter de “ balkaniser ”
davantage le marché du travail entre les plus fragilisés,
qui auraient droit à un filet de sécurité, et le
reste de la population. Articuler assurance-chômage et
solidarité nationale doit également permettre
d’éviter un cloisonnement défavorable à la
continuité des droits des demandeurs d’emploi. » La
CFDT insiste sur la qualité de l’accompagnement et son
lien avec l’indemnisation. Le nouvel opérateur du service
public de l’emploi devra mettre en place un accompagnement plus
efficace. La réunion du 6 mai, si elle ne marquait pas le coup
d’envoi de la négociation, constituait le lancement de la
coopération entre les partenaires sociaux et l’État
pour construire cet accompagnement vers l’emploi, destiné
aux 3,5 millions de demandeurs d’emploi de notre pays.
Dispense de recherche et emploi des seniors
Souhaitée par le
président de la République, la fin de la dispense de
recherche d’emploi pour les demandeurs d’emploi de plus de
55 ans ou 57 ans et demi (selon les cas) sera également
abordée dans les semaines à venir. Cette mesure, qui
relève de l’État et non de la convention
d’assurance-chômage, concerne 375 229 personnes. Cette
question est directement liée à celle de l’emploi
des seniors « et doit être traitée en lien avec la
GPEC et la formation professionnelle, affirme Séverin
Prené. Une des causes du nombre important de DRE est
l’absence d’une préparation à une seconde
carrière dans l’entreprise. Il faut également
renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emploi seniors
en chômage de longue durée. »
L’avenir des excédents de l’Unédic
Les questions
financières sont bien sûr présentes dans les
débats entre les partenaires sociaux et l’État. Le
sort des excédents de l’Unédic était
également à l’ordre du jour de la réunion du
6 mai. Le déficit cumulé a été
réduit depuis 2005, passant de 13 Md? à 9,5 Md? fin 2007.
Les excédents devront donc être orientés vers le
fonds de réserve de l’Unédic afin de terminer
l’apurement de cette dette, mais également vers une
amélioration de l’indemnisation des chômeurs, en
élargissant le nombre de chômeurs indemnisés, et
vers un transfert sur l’assurance-vieillesse. Une baisse des
cotisations d’assurance-chômage pourrait ainsi permettre
une hausse des cotisations retraite.
Un pilote pour la fusion entre ANPE et Assédic
Une
instance provisoire a été mise en place, le 28 avril,
pour préparer la création du futur opérateur du
service public de l’emploi, qui sera institué le 1er
janvier 2009.
La fusion entre l’ANPE
et les Assédic a franchi une nouvelle étape, le 28 avril,
avec le premier conseil d’administration de l’instance
provisoire qui deviendra le nouvel opérateur du service public
de l’emploi début 2009. Ce conseil est composé
d’un membre de chaque organisation syndicale (Annie Thomas pour
la CFDT), cinq représentants du patronat, de
l’État, des collectivités territoriales, et deux
personnalités qualifiées. Cette première
réunion était consacrée à
l’élection d’un président, et à un
vote sur la décision du gouvernement de nommer Christian Charpy,
directeur général de l’ANPE,
délégué général du futur
opérateur. Cette nomination a suscité de fortes
réserves dès son annonce, le gouvernement
s’étant préalablement engagé à ne pas
nommer une personnalité issue de l’ANPE ou de
l’Unedic. Pour la CFDT, « il aurait été
préférable de choisir une femme ou un homme nouveau
». Elle a appelé à ce que «
l’état-major du nouvel organisme soit
équilibré ». Elle n’a pas pris part au vote,
« cette décision relevant du gouvernement ». Le vote
des autres organisations s’est révélé
partagé : la CGT et la CFE-CGC ont voté contre, la CFTC
et FO ont exprimé un vote favorable, tout comme les
organisations patronales, les personnalités qualifiées et
les représentants de l’État.
Le vote du président
a, en revanche, recueilli une quasi-unanimité (à la CGT
près) sur le nom de Dominique-Jean Chertier, l’une des
deux personnalités qualifiées du conseil (la
deuxième étant Jean-Baptiste de Foucault,
président de Solidarités nouvelles contre le
chômage). Dominique-Jean Chertier a été directeur
général de l’Unédic pendant dix ans. Il est
aujourd’hui directeur général adjoint du groupe
Safran.
Les décrets
d’application instituant le nouvel organisme devraient être
promulgués dans deux mois. Le prochain conseil
d’administration, qui se réunira tous les mois, se tiendra
le 14 mai. À cette date aura lieu l’élection
à la présidence de l’Unédic, qui revient au
patronat. Deux candidats sont déjà en lice : Geoffroy
Roux de Bézieux, président de Virgin Mobile France
mandaté par le Medef, et Jean-François Veysset, pour la
CGPME. L’UPA a menacé de se lancer dans la bataille
après les négociations sur la
représentativité syndicale
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